Robotisation

Souder sans gabarit : est-ce possible ?

Le gabarit coûte cher en petite série. Tenons et mortaises, tables de soudage modulaires, tables magnétiques, second bras robot et vision 3D : les solutions pour s'en passer.

Par Xavier, ingénieur mécatronique · · 3 min de lecture

Le gabarit de soudage a une fonction simple : tenir les composants à la bonne place pendant qu’on les pointe et qu’on les soude. En grande série, il est indispensable et vite amorti. En petite série, il devient un problème : il faut le concevoir, le fabriquer, le régler, le stocker, et souvent le refaire à la moindre modification de plan.

Peut-on s’en passer ? Oui, à condition de remplacer chacune de ses fonctions.

Ce que fait vraiment un gabarit

Un gabarit remplit trois fonctions distinctes :

  1. Positionner : placer chaque composant au bon endroit par rapport aux autres.
  2. Maintenir : empêcher les pièces de bouger pendant le pointage.
  3. Brider : limiter la déformation pendant le soudage.

Pour souder sans gabarit dédié, il faut une réponse à chacune de ces trois fonctions.

Positionner : laisser la pièce se placer d’elle-même

Les tenons et mortaises

La découpe laser rend possible ce que le cisaillage ne permettait pas : des formes d’emboîtement précises. Un tenon sur une tôle entre dans une mortaise de l’autre et fixe la position sans outillage. C’est la méthode la plus économique, et elle profite autant au soudeur qu’au robot. Nous la détaillons dans concevoir une pièce soudée pour la découpe laser.

Les tables de soudage modulaires

Les tables à réseau de trous (systèmes de diamètre 16 ou 28 mm) accueillent butées, équerres et serre-joints modulaires. On reconstitue un montage pour chaque pièce avec des éléments standard, puis on le démonte. C’est un « gabarit réutilisable », rapide à configurer pour un soudeur expérimenté, mais qui reste un réglage manuel à chaque référence.

Maintenir : tenir la pièce le temps du pointage

Les tables et outils magnétiques

Un aimant commutable (on l’active et on le désactive à la demande) tient une tôle d’acier sur la table ou contre une équerre sans serrage mécanique. C’est rapide, sans marque sur la pièce et facile à automatiser : un robot peut activer et désactiver l’aimant.

Le second bras robot

C’est la solution la plus polyvalente : un bras robot saisit un composant, le place à sa position exacte et le tient pendant que le second bras le pointe. Une fois quelques points posés, la pièce est rigide et le bras de manipulation peut passer au composant suivant. Ce principe, courant dans l’industrie automobile avec des installations coûteuses, devient accessible grâce à la baisse du prix des robots et aux progrès de la planification.

Brider : maîtriser la déformation

Sans gabarit rigide, la déformation se maîtrise par la méthode plutôt que par la force :

  • l’ordre de pointage : des points répartis symétriquement, posés dans un ordre qui équilibre le retrait ;
  • l’ordre des cordons : souder en alternant les côtés, du centre vers l’extérieur ;
  • le juste dimensionnement : une gorge plus faible apporte moins de chaleur et moins de retrait.

Le pointage joue ici un rôle central : voir pourquoi le pointage détermine la qualité de la soudure.

Et la vision dans tout ça ?

Si les composants arrivent en vrac dans des bacs, le robot doit savoir où ils se trouvent. Une caméra 3D localise chaque pièce et calcule sa prise. La vision remplace alors le rangement précis des composants, qui serait une autre forme de gabarit.

Ce que ça change pour l’atelier

Combinées, ces techniques font disparaître le gabarit dédié :

FonctionAvec gabaritSans gabarit
Positionnerbutées du gabarittenons et mortaises, bras robot
Maintenirserragesaimant commutable, bras robot
Briderrigidité du gabaritordre de pointage et de soudage
Changer de référencenouveau gabaritnouveau fichier

C’est le principe de notre cellule de soudage robotisée : une table magnétique, deux bras, une caméra 3D, et un logiciel qui calcule l’ordre de pose et de pointage depuis le fichier STEP.

À retenir

Souder sans gabarit est possible, à condition de répondre séparément aux trois fonctions du gabarit : positionner, maintenir, brider. En petite série, c’est souvent la clé pour que l’automatisation devienne rentable, comme nous l’expliquons dans pourquoi le robot n’est pas rentable en petite série.