Robotisation

Pourquoi le robot de soudage n'est pas rentable en petite série

En petite série, ce n'est pas l'arc qui coûte, c'est la préparation : programme, gabarit, pointage. Pourquoi les robots classiques peinent à être rentables, et ce qui change la donne.

Par Xavier, ingénieur mécatronique · · 3 min de lecture

Un robot de soudage soude plus vite, plus régulièrement et plus longtemps qu’un soudeur. Pourtant, beaucoup d’ateliers qui en ont acheté un le voient tourner bien moins que prévu. La raison tient en une phrase : en petite série, le temps d’arc n’est qu’une petite partie du travail.

Décomposer le temps d’une pièce soudée

Prenons une pièce typique de petite série : un support en acier de six composants découpés au laser, environ un mètre de cordon. Sur une pièce de ce type que nous avons étudiée, nous estimons le temps de travail à environ 21 minutes par pièce, dont seulement 3 minutes d’arc. Le reste :

  • lire le plan et vérifier les composants ;
  • poser les pièces dans le gabarit, ou les positionner à l’équerre ;
  • pointer l’assemblage pour le rigidifier ;
  • retourner la pièce, contrôler, corriger.

Ces chiffres sont une estimation interne, que nous confirmerons par chronométrage sur la cellule. Mais l’ordre de grandeur est connu de tous les chefs d’atelier : la préparation pèse bien plus que la soudure elle-même.

Ce que le robot classique automatise, et ce qu’il n’automatise pas

Un robot de soudage classique, ou un cobot, automatise précisément les 3 minutes d’arc. Pour le reste, il ajoute même du travail :

Le programme

Chaque nouvelle référence doit être programmée : apprentissage des points au pupitre, ou programmation hors ligne à partir de la CAO. Selon la complexité de la pièce et l’expérience du programmeur, cela prend de quelques dizaines de minutes à plusieurs heures. Sur une série de 500 pièces, c’est négligeable. Sur une série de 10, c’est souvent plus long que de souder à la main.

Le gabarit

Pour que le robot retrouve le joint au bon endroit, la pièce doit être positionnée de façon répétable. Il faut donc un gabarit ou un montage de bridage, à concevoir, fabriquer, régler et stocker. Là encore, le coût s’amortit sur la série : il devient prohibitif quand on change de référence toutes les semaines.

Le pointage

Dans la plupart des installations, les composants sont posés et pointés à la main avant de passer au robot. Le soudeur qualifié qu’on voulait libérer reste mobilisé.

Le calcul qui ne tombe pas juste

Résumons pour une série courte :

TâcheSoudage manuelRobot classique
Programmationaucunepar référence
Gabaritparfoispresque toujours
Pose et pointagesoudeursoudeur
Arcsoudeurrobot

Le robot ne fait gagner du temps que sur la dernière ligne. Si les trois premières dominent, le gain disparaît. C’est pourquoi les robots de soudage ont d’abord conquis l’automobile et les grandes séries, et pourquoi les ateliers « high-mix, low-volume » (beaucoup de références, petites quantités) restent majoritairement manuels.

Pour chiffrer ce que la préparation coûte dans votre atelier, utilisez notre calculateur de rentabilité.

Ce qui change la donne

Pour rendre le robot rentable en petite série, il faut automatiser non pas l’arc, mais la préparation. Trois briques technologiques le permettent aujourd’hui :

  1. La programmation automatique depuis la CAO. Si le logiciel sait lire le modèle 3D, trouver les cordons et calculer des trajectoires sans collision, le programme ne coûte plus rien par référence.
  2. Le positionnement sans gabarit. Tables magnétiques, second bras robot qui tient la pièce, composants à tenons et mortaises : nous détaillons ces solutions dans souder sans gabarit.
  3. Le pointage automatique. Le robot pointe lui-même l’assemblage, dans un ordre calculé pour limiter la déformation. Voir pourquoi le pointage détermine la qualité.

C’est l’assemblage de ces trois briques qui constitue une cellule de soudage autonome : changer de référence revient à changer de fichier.

Faut-il renoncer au cobot ?

Non. Pour un atelier qui soude souvent les mêmes références en séries moyennes à longues, un cobot est un excellent investissement, simple et abordable. Le piège est de l’acheter pour des petites séries très variées, en espérant qu’il libère des soudeurs : il déplace alors le travail plus qu’il ne le supprime. Notre comparatif cobot ou cellule autonome aide à choisir.

À retenir

En petite série, la question n’est pas « le robot soude-t-il plus vite ? », mais « qui prépare la pièce ? ». Tant que la programmation, le gabarit et le pointage restent manuels, le robot ne peut pas être rentable sur des lots de 10 ou 50 pièces. L’automatisation de la préparation est la condition pour que la robotisation profite enfin aux petits ateliers.