Robotisation

Pénurie de soudeurs en Belgique : chiffres et solutions

Pourquoi les ateliers belges ne trouvent plus de soudeurs, ce que disent les chiffres européens et régionaux, et les cinq leviers dont disposent les entreprises.

Par Xavier, ingénieur mécatronique · · 3 min de lecture

Demandez à un chef d’atelier de chaudronnerie ce qui freine sa croissance : la réponse est rarement « les commandes ». C’est presque toujours « les soudeurs ». Le métier fait partie des profils les plus difficiles à recruter en Belgique, et la situation ne s’améliore pas.

Ce que disent les chiffres

À l’échelle européenne, la Fédération européenne du soudage (EWF) estime qu’il manque environ 300 000 soudeurs qualifiés. L’écart se creuse à mesure que les générations formées dans les années 1970 et 1980 partent à la retraite, alors que la demande reste soutenue dans la construction métallique, l’énergie, les machines et les équipements.

En Belgique, les trois services régionaux de l’emploi publient chaque année la liste des métiers pour lesquels les employeurs peinent à recruter :

  • en Wallonie, le Forem classe le soudeur parmi les fonctions critiques et métiers en pénurie depuis de nombreuses années ;
  • en Flandre, le VDAB le range parmi les knelpuntberoepen (métiers en pénurie) ;
  • à Bruxelles, Actiris publie également sa liste de fonctions critiques, où figurent les métiers techniques de l’industrie.

Ces listes ne donnent pas un nombre exact de postes vacants, mais elles confirment une tendance durable : les offres de soudeurs restent ouvertes longtemps, et beaucoup ne sont jamais pourvues.

Pourquoi les soudeurs manquent

La pénurie a plusieurs causes, qui se renforcent :

  1. La démographie. Une part importante des soudeurs expérimentés approche de la retraite. Leur savoir-faire, acquis sur des décennies, ne se transmet pas en quelques mois.
  2. La formation. Devenir un soudeur qualifié, capable de passer les qualifications selon EN ISO 9606-1 sur plusieurs positions et procédés, demande du temps et de la pratique.
  3. L’image du métier. Chaleur, fumées, travail physique : le soudage souffre d’une image peu attractive auprès des jeunes, malgré des conditions qui se sont nettement améliorées.
  4. La concurrence entre secteurs. Les grands chantiers et l’industrie lourde attirent les meilleurs profils, au détriment des petits ateliers.

Ce que la pénurie coûte aux ateliers

Pour une PME de 5 à 50 personnes, la conséquence est très concrète : des commandes refusées, des délais qui glissent, des soudeurs surchargés, et un chef d’atelier qui passe son temps à arbitrer entre les urgences. Les petites séries de pièces simples, peu rentables à la main, sont souvent les premières sacrifiées.

C’est aussi un risque pour le tissu industriel local : les pièces qu’un atelier ne peut plus produire partent chez un fournisseur plus éloigné, parfois hors d’Europe.

Cinq leviers pour les entreprises

1. Former en interne

Les centres de formation du Forem, l’IFAPME, les écoles techniques et, en Flandre, les formations soutenues par le VDAB permettent de former de nouveaux soudeurs. C’est indispensable, mais lent : il faut compter plusieurs mois avant qu’une nouvelle recrue soit autonome sur des pièces exigeantes.

2. Revoir la conception des pièces

Une pièce dessinée pour être soudée facilement (tenons et mortaises, cordons accessibles, gorges dimensionnées au juste besoin) demande moins de temps de soudeur. Notre guide de préparation STEP rassemble ces règles.

3. Sous-traiter les petites séries répétitives

Confier les pièces simples et répétitives à un sous-traitant libère les soudeurs pour les travaux où leur savoir-faire fait la différence. C’est le principe de notre offre de pièces soudées sur mesure.

4. Automatiser l’arc

Les cobots de soudure ont rendu la robotisation accessible. Ils sont efficaces sur les séries longues, mais laissent au soudeur la préparation, le pointage et la programmation. Nous détaillons leurs limites dans pourquoi le robot n’est pas rentable en petite série.

5. Automatiser aussi la préparation

C’est la voie que nous explorons : une cellule robotisée qui part du fichier 3D, assemble les composants, les pointe et les soude. L’objectif n’est pas de remplacer les soudeurs, qui manquent déjà, mais de produire les pièces qu’on n’a plus les bras pour faire.

À retenir

La pénurie de soudeurs n’est pas un creux passager : elle tient à la démographie et au temps nécessaire pour former. Les ateliers qui s’en sortent combinent plusieurs leviers : former, mieux concevoir, sous-traiter ce qui peut l’être et automatiser là où la machine est vraiment rentable. Pour les aides publiques qui peuvent accompagner ces choix, lisez notre article sur les aides pour robotiser un atelier en Wallonie et en Flandre.